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Contexte : La cirrhose décompensée et le carcinome hépatocellulaire sont les indications principales de transplantation hépatique (TH). Le pool de greffon disponible étant limité, des scores ont été développés pour respecter au mieux l’équité d’accès à la TH, un principe fondamental en transplantation d’organe. Ces scores sont imparfaits et nécessitent d’être optimisés. Des paramètres de composition corporelle tels que la sarcopénie et la myostéatose, seraient indépendamment associées au pronostic après TH et pourraient être intégrés aux scores disponibles d’allocation des greffons. Des outils permettent désormais d’évaluer la composition corporelle dans son ensemble. Nous souhaitions évaluer dans notre série rennaise de transplantés hépatiques si la composition corporelle et son évolution avant et après TH étaient associées à la survie des patients transplantés. Matériel et Méthodes : Nous avons inclus tous les patients transplantés hépatiques ayant été évalués avant la TH sur site avec réalisation d’un scanner au moment du bilan pré-TH, au jours de la TH et à 3 mois après la TH. La composition corporelle a été analysée par un logiciel de segmentation automatique utilisant le deep learning. Le critère de jugement principal était la survie à 1 an après la TH. Résultats : 210 patients ont été inclus (48.3% de l’activité de TH sur la période). Le délai entre le scanner du bilan pré-TH et la TH était de 228 jours, entre le scanner à la TH et la TH de 1 jour et entre la TH et le scanner après TH de 85 jours. On observait une baisse de la densité du muscle (-7%, p < 0.0001) et de la graisse sous-cutanée (-4.9 %, p < 0.0001) entre l’évaluation de la TH et la TH. En analyse multivariée, aucun des paramètres de composition corporelle ou leur évolution avant TH n’était associé à la mortalité à 1 an après TH. Après la transplantation hépatique, on observait une diminution de la masse musculaire (-9,4 %, p < 0,0001), une augmentation de la graisse intramusculaire (20 %, p < 0,0001), une augmentation de la densité de la graisse sous-cutanée (7,9 %, p < 0,0001) et viscérale (6,7 %, p < 0,0001), ainsi qu'une augmentation de la graisse viscérale (14,5 %, p < 0,0001). En analyse multivariée, l’évolution de la quantité de graisse sous-cutanée, était associée à la mortalité à un an après TH (HR = 0.09, 95% CI = 0.01-0.77, p = 0.03). Conclusion : En conclusion, l’évolution de la composition corporelle est plus importante après la TH qu’avant. La composition corporelle et son évolution avant la TH n'étaient pas associées à la survie à 1 an après greffe. Après la TH, l’évolution de la graisse sous cutanée dans les 3 mois suivant la greffe était associée à la mortalité à un an. Cette étude ne confirme pas l’intérêt de l’évaluation de la composition corporelle avant la TH pour prédire le risque de décès après TH. En revanche, elle suggère que l’évaluation précoce de la composition corporelle après la TH pourrait être utile pour identifier les patients les plus à risque de décès à 1 an.