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Contexte: Le gradient de pression porto-systémique (GPPS) est un facteur prédictif de décompensation clinique et facteur pronostic de mortalité chez les patients présentant une hypertension portale (HTP). La mesure du GPPS représente la technique de référence pour évaluer la sévérité de l’HTP. Les recommandations internationales préconisent une mesure du GPPS par sonde à ballonnet, mais son utilisation reste limitée. Nous avons évalué les pratiques des radiologues interventionnels de la région Grand Ouest, ainsi que la courbe d’apprentissage de la sonde à ballonnet au sein du service de radiologie du CHU de Rennes. Matériel et méthodes: Une enquête de pratique a été menée auprès de 29 radiologues interventionnels de huit centres hospitaliers du Grand Ouest. En parallèle, une étude prospective monocentrique (mai – septembre 2025) a inclus toutes les procédures consécutives nécessitant une mesure du GPPS. Les procédures ont été réalisées avec une sonde à ballonnet selon un protocole standardisé. Le critère de jugement principal était le nombre de procédures nécessaires pour obtenir un score OSATS ≥ à 28/35, définissant la maîtrise de la technique. Résultats : Enquête de pratique (n = 27/29, 93 %) : 96,3 % (n = 26) des radiologues déclaraient utiliser exclusivement la sonde de cathétérisme. Les freins rapportés à la mesure par sonde à ballonnet étaient le coût (n = 13, 48,1 %), la durée de procédure (n = 12, 44,4 %) et une moindre maîtrise de la technique (n = 11, 40,7 %). Toutefois, 63 % (n = 17) se déclaraient prêts à l’adopter si une formation était proposée. Étude prospective (n = 24) : Le score OSATS médian était de 31 [28–34,75]. Tous les opérateurs atteignaient le seuil de maîtrise de la technique dès la deuxième procédure. La technique était sûre (aucun évènement indésirable grave) et globalement corrélée à la pression portale vraie (r = 0,60 ; df = 7 ; p = 0,08), avec deux sous-estimations observées en contexte d’hémorragie subaiguë. Conclusion : Cette étude met en évidence un décalage marqué entre recommandations et pratiques, l’usage de la sonde à ballonnet restant marginal. Sa mise en œuvre au sein de notre service s’est avérée sûre et rapidement maîtrisée. Le surcoût, la durée de procédure et le manque d’évidence scientifique supportant ces recommandations demeurent les principaux freins à sa diffusion. Des études multicentriques de plus grande ampleur seraient probablement nécessaires pour envisager une adoption totale de la sonde à ballonnet.