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Ce travail part du constat que le cadre chrono-culturel utilisé encore aujourd’hui pour traiter de la période Mésolithique souffre d’une confusion entre « style » et « culture ». Mis en place au cours des années 1990, ce modèle exploite des principes conceptuels beaucoup plus anciens. Ainsi, ces deux termes, largement superposés, sont souvent définis par une industrie lithique particulière, propre à un espace et à une période donnée. Par un glissement de sens, ces notions ont parfois été corrélées aux seules armatures et pointes de flèches, laissant dans la pénombre de larges pans des outillages préhistoriques et donc de leurs acteurs. Les entités « culturelles » ainsi définies paraissent hermétiques et gomment les dynamiques sociales et spatiales. Une redéfinition du concept de « style » est donc proposée dans le cadre de cette thèse, en s’appuyant sur différentes écoles de pensées. Ce travail s’intéresse plus particulièrement aux éléments qui influencent la forme finale d’un outil lithique. Par conséquent, l’intégralité de la biographie de l’objet est prise en compte ici, et plus précisément, le processus de fabrication de l’outillage ainsi que les variantes formelles observées. Pour tester cette vision du style, les données de plusieurs sites mésolithiques, implantés dans l’ouest européen, ont été collectées. Afin d’assurer la comparabilité des informations recueillies, seuls les sites fouillés et datés de manière absolue ont été sélectionnés. La proximité des chaînes opératoires et des assemblages lithiques a ensuite été calculée pour chaque occupation, à l’aide d’indices de dissimilarité. Cette opération est complétée par une analyse en coordonnées principales, couplée avec une classification hiérarchique, afin d’étudier les regroupements des sites comparés, en fonction de leur ressemblance technique ou typologique. Pour terminer, ce travail débouche vers la formation de « constellations de pratique », des regroupements d’unités stratigraphiques qui possèdent un savoir-faire technique et un outillage analogue, ainsi que vers leur mise en réseau. Cette méthodologie a permis d’identifier une dizaine de « constellations de pratique », qui s’échelonnent tout au long du premier Mésolithique jusqu’au début du second. Ces dernières montrent une certaine continuité chronologique et partagent des points communs avec le cadre chrono-culturel connu. Certaines « constellations de pratique » mettent également en avant l’usage de chaînes opératoires et un outillage parfois similaire entre des sites distants géographiquement (notamment entre le nord de l’Italie et la Belgique, ou entre le nord et le sud de la France). En outre, les analyses effectuées permettent de modérer l’importance de certains objets dans la définition de quelques « constellations de pratique », notamment les armatures. Pour terminer, ce travail a permis d’aborder les questions liées à la diffusion des savoir-faire techniques et des caractéristiques formelles des outils. Cela est notamment possible par l’examen des réseaux de similarité.