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Les critères d'attribution des greffons cardiaques sont d'une importance vitale pour la prise en charge des patients souffrant d'insuffisance cardiaque avancée. Ils sont définis indépendamment par chaque pays et influencent à la fois la mortalité en liste d'attente et le devenir des patients transplantés. En 2018, un nouveau système a été introduit en France pour améliorer la stratégie d'allocation. Cet article visait à évaluer l'impact de ce changement sur la mortalité à 1 an et le profil des patients à la transplantation. Dans cette étude observationnelle monocentrique menée au CHU de Rennes, nous avons inclus tous les patients transplantés cardiaques entre le 1er janvier 2010 et le 1er juillet 2022, à l'exclusion des greffes multi-organes. Les caractéristiques des patients au moment de la transplantation ainsi que les résultats précoces et à distance ont été extraits d'une base de données interne et comparés selon la stratégie d'allocation. Au total, 252 patients transplantés au cours de cette période ont été inclus : 168 (67%) avec l'ancienne stratégie d'allocation, 84 (33%) avec la nouvelle. Il n'y avait pas de différence de mortalité à 1 an (18,5 vs. 15,5%, log-rank p=0,60), malgré un changement significatif des caractéristiques des patients au moment de la transplantation. Il y a en effet eu une augmentation de la proportion de patients en provenance de réanimation (9,5 vs. 34,3%), au détriment des patients admis depuis le domicile (49 vs. 32%) ou une hospitalisation (41 vs. 28%, p<0,001). Plus de patients étaient sous ECMO (7,7 vs. 34,5%, p<0,001) et sous ventilation mécanique (3,6 vs. 10,7%, p=0,048), mais le nombre de patients sous catécholamine seule a diminué (28 vs. 14,3%, p=0,024). La prévalence d’une assistance longue durée au moment de la transplantation est restée inchangée (18,5 vs. 19%, p=1,0). Il n'y avait aucune différence de fonction rénale ou hépatique préopératoire. Nous avons observé un changement dans les caractéristiques des patients au moment de la transplantation, avec une augmentation de la proportion de patients venant de réanimation, sous ECMO et sous ventilation mécanique, sans aucune différence de fonction rénale ou hépatique. Le changement de stratégie d'allocation en France semble avoir amélioré l'accès à la transplantation pour les patients les plus gravement malades, sans affecter la mortalité post-transplantation