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Contexte : Le vieillissement de la population française représente un défi majeur pour le système de santé, notamment l’accompagnement des soins, de la dépendance et le maintien de l’autonomie. Les médecins généralistes en soins primaires sont confrontés à des situations complexes qui nécessitent l’expertise de professionnels formés en gériatrie. Toutefois, l’accès aux gériatres est limité, en raison d’une démographie médicale insuffisante et de fortes disparités territoriales. Pour répondre à ces enjeux, la téléexpertise s’impose comme une solution innovante dans les parcours de soins. La plateforme sécurisée Omnidoc, utilisée au CHU de Rennes en gériatrie depuis 2021, facilite l’accès à une expertise. Cette étude a pour objectif principal de décrire le contenu des échanges réalisés via la téléexpertise entre les médecins généralistes et les gériatres du CHU de Rennes. L’objectif secondaire est d’analyser les caractéristiques socio-démographiques associées à ces demandes d’avis. Méthode : étude observationnelle, descriptive, monocentrique et rétrospective portant sur les demandes de téléexpertise gériatrique adressées aux gériatres du CHU de Rennes via Omnidoc, entre janvier et juin 2024. Les caractéristiques des patients, des requérants, des experts, ainsi que le contenu des échanges et les types de réponses ont été analysés. Résultats : 120 demandes de téléexpertise, comportant 137 motifs, ont été analysées. Le délai moyen de réponse était de 1,5 jour, avec 39,2% en moins de 24 h et près de 100% en moins de 7 jours. Les patients, majoritairement des femmes (66,7 %), avaient en moyenne 85,8 ans, un indice de Charlson de 6,92 et prenaient 5,6 médicaments. Près de 43 % résidaient en EHPAD. Les requérants exerçaient majoritairement en zone de vigilance (76,5 %), mais le taux de recours à la télé expertise du CHU était deux fois plus élevé en zone sous-dense (0,40 pour 1 000 habitants), et en particulier our des patients résidant en EHPAD (64,3 % des demandes). Sur les 50 motifs recensés, les plus fréquents étaient les troubles du comportement ou psychologiques liés à la démence (n = 37, 27 %), les chutes à répétition (n = 10, 7,3 %) et les troubles neurocognitifs (n = 7, 5,1 %). Les réponses les plus courantes incluaient des conseils thérapeutiques médicamenteux (72,5 %), des demandes d’examens biologiques (26,7 %) et des conseils non médicamenteux (23,3 %) mais aussi 20% de consultations, 16% de téléconsultation, 16% d’hospitalisation et 13% d’HDJ. Conclusion : La téléexpertise gériatrique apparaît comme un outil structurant pour améliorer l’accès à l’expertise en gériatrie, notamment en zones sous-denses et pour les patients résidants en EHPAD. Elle prend désormais une place indéniable dans les parcours de soins. Elle renforce la coordination ville-hôpital et présente des bénéfices à la fois organisationnels, cliniques et formatifs.